Du XVe au XIX siècles
La maison située au-dessus de la résurgence du ruisseau de Croze (la fontaine) est probablement une des plus anciennes constructions du hameau. Attribuée aux moines de l’abbaye de Peyrouse, elle date vraisemblablement du XVIe et XVIIe siècles.
Avant la révolution, comme tous les villages de Milhac (aujourd’hui appelés hameaux), une famille occupait une place prépondérante dans l’organisation et les possessions aux alentours : c’est la famille Faurichon de la Bardonnie. Cette famille est originaire de Saint-Pardoux Ia Rivière, les Faurichon (ou Fourichon) ont occupé la charge importante de maître de poste au moins depuis le XVIIe siècle, certains étaient en même temps commandant de la garde nationale, ou officier au service du roi. La descendance des Faurichon est importante et les différentes familles occupèrent de nombreuses places remarquables comme les Faurichon des Merles (beau manoir toujours existant aux Merles), ceux du Larret (à St Saud), ceux de Croze dont Hélie Faurichon qui s’illustra auprès de Louis XV à la bataille de Fontenoy en 1745 et fut décoré par le roi lui-même.
Traditionnellement, les Faurichon de Croze géraient les biens de l’Abbaye de Peyrouse dont ils étaient fermiers généraux et se faisaient ensevelir dans l’abbatiale.
Hélie Noël Jean-Baptiste Faurichon (1744-1780) fut le dernier à posséder le domaine entier de Croze qui ne comprenait pas moins de 350 ha de terres et bâtis. Pendant la Révolution, son fils Antoine fit partie de l’armée des émigrés et l’ensemble du domaine fut divisé et vendu comme bien national en 1793. Antoine relata dans son journal les faits de guerre dont il fut témoin dans l’armée des émigrés et son manuscrit fut publié seulement en 1983 par Louis Faurichon de la Bardonnie, descendant de la famille.
Extrait des « Mémoires d’émigration d’un gentilhomme périgourdin » d’Antoine Faurichon de la Bardonnie :
1770 – Mon père, Hélie FAURICHON de la BARDONNIE, Gendarme des Compagnies Rouges de la Garde Ordinaire du Roi, épousa en 1768, Mademoiselle Marie GUICHARD de LAFOREST et je naquis à Versinas (Château de Versinas, Vaunac, Dordogne) le 10 Juillet 1770, chez mes aïeux maternels qui voulurent absolument me garder et me faire élever sous leurs yeux. Leur affection pour moi croissant, s’il est possible, en même temps que moi.
1780 – A 10 ans, j’eus l’immense malheur de perdre mon père et trois ans après, ma bonne Grand-Mère ce qui fit que mon éducation fut sans doute un peu négligée.
Mon cher père était fort instruit et cultivé. Du temps de son service à Versailles, il fréquentait assidûment les salons de ses camarades officiers de la garde ordinaire du roi, où ne paraissaient que des Gentilshommes de la meilleure qualité ; à l’exclusion de ces néfastes rêveurs que l’on nommait : « Les Philosophes »
Il avait un sens aigu du DEVOIR et un profond respect de l’autorité. Très lettré, il lisait le grec et le latin à livre ouvert ; aussi, dès que je fus en âge d’apprendre à lire, me fit-il apprendre en même temps que notre alphabet, l’alphabet grec et les déclinaisons latines.
Mon vénéré Grand-Père maternel était, lui aussi, fort instruit et cultivé. Mais pas de la même sorte que mon père, avec lequel il s’entendait à la perfection. Sa science, moins littéraire mais plus générale, procédait davantage de l’observation raisonnée, dont son remarquable bon sens avait su faire profit constant, et qu’il me dispensait généreusement en l’appuyant d’exemples pratiques à la moindre occasion.
Mon vénéré Grand-Père me portait une telle affection qu’il ne voulut pas se séparer de moi et me mettre dans une pension à Périgueux ou à Limoges. Dès l’âge de 11 ans, j’étais maître de faire toutes mes fantaisies. Seul avec mon vénéré Grand-père, qui jouissait d’une fortune – sinon considérable, du moins fort honnête – je pouvais disposer de tout dans la maison sans crainte d’être jamais contrarié, mais mes incartades étaient toujours fermement réprimandées en faisant appel à ma raison et à mon sentiment plutôt que par des punitions. Mon aïeul m’instruisait lui-même et, en même temps que de solides bases générales de culture, il me dispensait des principes chrétiens et une formation morale qui m’ont toujours été infiniment précieux.
Tous les Jeudis, l’excellent abbé Rebière – curé de Vaunac – venait dire la messe dans notre chapelle. Ensuite, il m’enseignait le Catéchisme, ainsi qu’aux enfants de nos bordiers et déjeunait avec nous. Si le temps était mauvais, mon grand-père le faisait reconduire en voiture et, parfois je l’accompagnais, ce qui me plaisait. Nous résidions en permanence à Verzinas, où mon grand-père se plaisait bien davantage qu’à Milhac où était la maison familiale de mon père, – à Crozes – et de vastes domaines. Ma mère y habitait avec mes deux sœurs jumelles et mon petit frère. Nous y allions assez souvent, à pied le plus souvent, car il n’y a que 4 lieues 1/2, surtout l’été et mon grand-père m’initiait à tous les travaux agricoles auxquels je participais avec goût. Nous y résidions en permanence durant les vendanges dans notre beau vignoble du domaine « du TERTRE », car mon grand-père veillait de près à la vinification et son vin était réputé.
Durant ces petits voyages à CROZES, mon Grand-Père me montrait des quantités de choses de la terre ; la botanique qu’il affectionnait et les plantes médicinales qu’il me faisait cueillir aux époques prescrites. J’aimais beaucoup me baigner dans notre grand étang de St Amand, du vallon de Crozes, et je devins un fort bon nageur ; ce qui m’a été salvateur en de terribles circonstances.
Sur le cadastre Napoléonien de 1841, nous pouvons voir l’emplacement du moulin de St Amand. Celui-ci n’est pas l’actuel moulin de Panit, mais ce qui s’appelle aujourd’hui, le petit moulin.
On peut voir qu’à cette époque, il existait une retenue d’eau sur le ruisseau, qui correspond probablement à l’étang dont parle Antoine Faurichon.
Ce ruisseau s’appelle « le ruisseau de l’étang rompu ».
La vente du domaine de Croze a ouvert la terre à de nouveaux propriétaires et a profondément transformé la vie locale.
Les anciennes terres ont été morcelées et redistribuées: des familles de paysans ont pu acquérir des parcelles pour cultiver, élever du bétail ou exploiter les ressources locales. Les habitants ont progressivement développé une économie agricole basée sur la petite propriété et l’autosuffisance.
Ci-dessous, le plan de cadastre napoléonien de Croze, établi en 1841, soit 48 ans après la vente du domaine :
Le plan actuel n’est pas très différent de celui qu’on peut observer sur le cadastre Napoléon de la première moitié du XIXe siècle.
Le bâti, comme partout, a subi quelques transformations, mais peu de destructions. L’empreinte de la fin du XIXe siècle est forte, mais on peut voir, ici et là, des constructions très anciennes relativement bien préservées.
Croze fut, dès les dernières décennies du XVIIIe siècle et au cours du XIXe siècle surtout, un lieu d’extraction des Terres Blanches, des argiles naturelles claires riches en kaolin issues de l’altération du granite. Ces argiles, connues pour leur blancheur et leur résistance à la chaleur, étaient particulièrement recherchées par les manufactures de porcelaine de Limoges, ainsi que pour la production de matériaux réfractaires utilisés dans les fours et les ateliers de céramique.
L’exploitation se faisait directement dans les carrières, où la terre était extraite, triée et parfois lavée pour éliminer les impuretés.
Les carrières de Croze, dont on trouve toujours les traces à la limite du village et dans les bois, témoignent d’une activité artisanale et industrielle qui mettait en valeur les ressources géologiques du Périgord pour approvisionner l’une des industries les plus renommées de la région, la porcelaine limousine, offrant un complément de revenu à la vie paysanne locale.