Joseph Besson dit « Jojo »

Joseph Besson, dit "Jojo"

     Monsieur Joseph Besson est né le 26 décembre 1930 à Croze, Milhac de Nontron. J’y suis né et j’y mourrai! Nous sommes en février 2023 et Jojo a la gentillesse de nous confier quelques souvenirs en réponse à notre questionnement: Comment vivait-on à Croze par le passé ?

La seule époque à laquelle Jojo a quitté Croze fut l’occasion de son service militaire. D’abord huit mois à Limoges puis sept mois à Sarrebruck, en Allemagne. Et, grâce à une cousine, il achevait son service national à Brive-La-Gaillarde pendant quatre mois.
Il a toujours vécu en ferme et se souvient que ses parents avaient six vaches, un cheval, des bœufs, des moutons, une basse-cour…
Nous cultivions nos vignes et produisions notre vin, sauf lorsque les vignes gelaient. Croze veut dire « creux »: nous étions plus facilement touchés par le gel que d’autres endroits de la commune.
J’ai toujours travaillé à la ferme , et je donnais parfois des coups de main aux maçons et aux charpentiers, ce qui me faisait gagner une petite pièce supplémentaire.
A la ferme, nous produisions ce que nous consommions: nous étions tous des paysans. Il y avait un moulin à Panit. Nous faisions moudre notre blé et broyer nos noix. Il existait même une minoterie à Saint-Pardoux (au Sablon).

Jojo avait neuf ans lorsque la guerre s’est déclarée. Il se souvient de la compagnie des tirailleurs sénégalais qui s’était installée pendant trois mois à Croze, lors de la débâcle en 1940. Il en garde un excellent souvenir…
Ils venaient me chercher pour me faire manger. C’était souvent du riz et du mouton.
Jojo a quelques souvenirs de l’école. Il allait à pied à Milhac. Seul Gabriel Roussarie avait un vélo, ce qui ne l’empêchait pas d’arriver en retard.
Jojo avait deux frères et une sœur. Il était « le petit ». Il pouvait arriver que des bagarres naissent entre les enfants des différents hameaux, ou qu’un parent cherche à tirer l’oreille de quelque agresseur d’un autre enfant. Dans ces cas-là, il fallait faire un grand tour pour éviter les représailles.En général, nous mettions une demi-heure pour aller à l’école. Mais, à l’époque des nids, nous pouvions mettre un peu plus de temps. Nous récupérions les geais et les pies pour les manger, accompagnés de pommes de terre…
Mais, à vrai dire, je crois que je n’allais à l’école que le dimanche, c’est à dire pas très souvent. Nos parents avaient très souvent besoin de nous à la ferme et l’école n’était pas une priorité !
Le travaux des champs étaient l’occasion pour les familles de s’entraider et de se retrouver. Jojo se souvient de quelques noms de familles habitant Croze : Roussarie, Gay, Besson, Mouret, Marfeuille, Madame Rousseau (elle était veuve depuis la guerre et son gendre, Monsieur Denis, était notaire à Périgueux).
La culture principale était dédiée au blé. Ce blé, transformé en farine au moulin de Panit, était mis en sacs de 82 kg. Un sac remis au boulanger valait 15 tourtes de 10 livres. Mais, progressivement, nous n’avions plus que 13 tourtes !
Les battages donnaient lieu à des fêtes et à des repas regroupant plusieurs familles. Chaque ferme élevait des animaux : vaches, veaux, porcs, moutons. Le lait était acheté par une laiterie d’Agonac. La laine des moutons partait dans une filature de Miallet.
Il existait plusieurs fours à pain partagés également pour cuire les pâtés et les rôtis lorsqu’on tuait le cochon.
Le hameau vivait au rythme des travaux quotidiens de culture et d’élevage.

Avec l’extraction des terres blanches, destinées à la production des moules des porcelaines de Limoges, il y eut bien une tentative de construction de four aux Grandes Terres, pour produire de la chamotte. Mais l’expérience n’a pas fonctionné.

On ne connaissait pas encore la traction mécanique. On faisait travailler les animaux : le cheval, les bœufs, et même les vaches. Celui qui menait les bœufs était habile pour les faire obéir à la voix. Les bœufs étaient attelés par deux. Chaque bœuf portait un nom (Rouge, Mignon…).
Lorsque l’attelage arrivait au bout du sillon, celui qui les conduisait disait le nom de l’animal placé du côté où il fallait tourner.
Mais les animaux, c’est comme les chrétiens : certains écoutent mieux que d’autres !

Certaines périodes connaissaient des grandes fêtes familiales où on se retrouvait : les familles arrivaient à pied ou à cheval et tout le monde se rendait sur la place de Milhac. Il y avait un bal, de la fête foraine. Tout le monde s’entendait bien, même s’il y avait quelques fâcheries, parfois simplement pour une poule qui s’était échappée dans le champ de blé du voisin.

On se retrouvait pour les veillées. On pelait les châtaignes. Les châtaignes étaient la meilleure nourriture du paysan. On jouait aux cartes, surtout au jeu de la bourre. 

On faisait beaucoup de bois. Nous prenions une soupe à 10h et nous partions pour la demi-journée pour couper le bois. Nous formions des fagots  que nous regroupions par pilots de vingt-cinq fagots. Le bois était la principale énergie et on faisait toujours cuire quelque chose : du pain, des légumes (pommes de terre, topinambours, betteraves…) pour nourrir les cochons.

Les familles utilisaient l’eau des puits et des citernes, mais surtout l’eau de la fontaine. 
Il fallait nettoyer le cours de la source pour la dévier et la faire arriver dans le bassin. L’opération se faisait chaque année. C’est moi qui entrais entre 20 et 30 m sous la roche pour faire le nettoyage.
L’eau était de très bonne qualité mais j’ai compris un jour qu’elle pouvait être souillée par des infiltrations : j’avais épandu du purin dans un pré un peu plus haut et Maurice Roussarie, un voisin, m’avait fait remarquer que du purin s’était écoulé dans l’eau de la source, ce qui rendait l’eau impropre à la consommation pendant quelques semaines.

C’est l’avènement du tracteur qui a bouleversé le rythme de vie dans le hameau. Les jeunes partaient travailler dans les usines automobiles de Paris. Avant, on vivait. La campagne était vivante. Maintenant, il n’y a plus rien…

Joseph nous a quitté le 19 février 2025 à l’âge de 94 ans.

Entretien réalisé par Isha Bhattacharrya et Jean-Michel Luquet, publié dans le bulletin municipal 2026

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