La famille Mouret
Autour des années 1930, Henri et Marie Mouret sont un jeune couple de cultivateurs qui élèvent leurs enfants dans la maison au bout des grandes terres. Ils vivent avec les parents d’Henri, Jean et Elizabeth. Sept enfants naissent de leur union. Parmi eux, René et Suzanne sont ceux qui resteront dans la maison familiale. La maison est petite, composée d’une pièce principale dans laquelle des lits jouxtent la cheminée et une table, accolée aux granges qui abritent matériel et animaux.
Suzanne, née en 1937, eut la poliomyélite lorsqu’elle était enfant, et la maladie lui laissa un handicap marqué de paralysie au niveau de la main, dont le poignet retourné l’empêchait de se servir d’un de ses avant bras.
Elle allait avec ses frères et sœurs à l’école de Milhac à pied, où elle apprit à lire et écrire, mais ses parents ne l’envoyèrent pas faire d’études supérieures. L’école suivait le rythme agricole. Il y avait moins d’élèves pendant les travaux des champs.
René, né en 1939, a fait son service militaire chez les parachutistes lors de la guerre d’Algérie. Il fut profondément marqué par cette expérience traumatique. Le service durait un à deux ans pour des jeunes d’une vingtaine d’années, enrôlés dans la guerre sans aucune expérience.
De retour, René travailla dans la scierie Roussarie, à l’entrée de Croze. Il resta habiter chez ses parents jusqu’à leur mort.
Vers 1950/60, croze et les grandes terres étaient parsemés de petites parcelles cultivées. Les forêts étaient bien moins présentes et on peut apercevoir davantage les carrières de kaolin ici et là.
Pour remonter le temps et voir les grandes terres à cette époque, cliquez ici
Un autre fils, Louis Mouret épouse Marie-Louise Roussarie, enfant du village elle aussi. Ils restent habiter à Croze, dans la maison 187 rue des grandes terres, construite en 1838.
Au décès des parents, le partage de la propriété des grandes terres est fait. René conserve la maison familiale, et Suzanne, avec l’aide de sa fratrie, se fait construire une petite maison sur la route des grandes terres, le numéro 611 aujourd’hui.
Marie-Christine, fille de Marie-Louise Roussarie épouse Mouret, se souvient vers 1960/80 de la batteuse qui venait tous les ans pour égrener le blé récolté par tous les habitants. Il y avait également un bouilleur de cru qui venait au lavoir pour faire l’eau de vie avec le moult de raisin. Un bâtiment se trouvait devant la maison de Jacqueline où une petite épicerie était installée et un tonnelier habitait dans la maison derrière.
C’est le père de Moïse Marfeuille qui avait l’habitude de tuer le cochon. Les femmes allaient ensuite laver les boyaux dans le ruisseau de la fontaine, avant de faire le boudin et les saucisses.
Un commerçant venait acheter les volailles, peaux de lapin séchées etc…
Il y avait de la neige quasiment tous les ans, souvent dès Noël, et les cars scolaires pouvaient parfois ne pas passer pendant 15 jours. Les mares étaient régulièrement gelées.
Comme il n’y avait pas d’internet ou de télévision, les hommes se rassemblaient le soir pour jouer à la pétanque à côté de la scierie tandis que les femmes s’installaient et bavardaient.
Les oiseaux étaient plus présents qu’aujourd’hui. On pouvait voir un pic épeiche et une sitelle torchepot au centre du hameau.
En 1999, la tempête a fait beaucoup de dégâts dans les forêts alentours. Suzanne était alors seule chez elle, et terrorisée par le bruit des arbres qui tombaient autour, elle n’en avait pas dormi. Ce n’est qu’au petit matin que les voisins purent lui rendre visite et découvrir que des arbres étaient à terre tout autour de la petite maison mais que par chance, la maison de Suzanne fut épargnée.
Témoignage de Jessie :
Lorsque je suis arrivée à Croze en 2009/2010, René et Suzanne faisaient partis de mes plus proches voisins. Avant mon arrivée, j’ai présenté le plan de construction de notre maison à Suzanne et je lui ai demandé son avis. Elle m’a gentiment dit qu’elle acceptait pleinement le projet et était heureuse d’avoir des voisins.
René, lui, m’a rapidement proposé de me prêter son grand terrain entre chez Suzanne et lui pour y mettre mes poneys et ma vache. Il était très heureux de retrouver un peu de vie dans ces prés. Il m’avait seulement alerté de bien faire attention à clôturer la mare au milieu car il était arrivé que des vaches, voulant y boire, se retrouvent enlisées.
René était un amoureux des animaux, il se souciait des oiseaux qui n’avaient plus grand chose à manger l’hiver avec la disparition des cultures et des grains tombés au sol. Il rouspétait les chasseurs lorsque ceux-ci s’en prenaient à un jeune chevreuil avec trop de peu de chair à manger.
Il était usé par le travail et me disait souvent qu’avant, il fallait toujours forcer pour faire plaisir au patron, mais que s’il avait su, il se serait économisé, et aurait plus profité de sa vie. Il décéda brutalement, probablement d’une crise cardiaque, juste devant sa maison, le 1 juillet 2015.
Suzanne partit en maison de retraite peu après et décéda le 29 janvier 2019.